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Indemnités kilométriques infirmier libéral : IFD, IK et hausse du carburant

Gazole au-dessus de 2,40 € : ce que rapportent vraiment l'IFD et les indemnités kilométriques, comment les calculer en plaine et en montagne, et ce que réclament les syndicats.

Publié le 23 septembre 2026 7 min de lecture
Indemnités kilométriques infirmier libéral : IFD, IK et hausse du carburant
L’essentiel en 30 secondes

  • L’IFD (indemnité forfaitaire de déplacement) vaut 2,75 € par déplacement au domicile d’un patient.
  • Les indemnités kilométriques (IK) valent 0,35 €/km en plaine et 0,50 €/km en montagne, après un abattement de 2 km aller et 2 km retour en plaine, 1 km aller et 1 km retour en montagne.
  • Aucune IK n’est due si le patient et le cabinet sont dans la même agglomération.
  • L’avenant 11 revalorise l’AMI mais ne touche ni à l’IFD ni aux IK.
  • Avec un gazole au-dessus de 2,40 € le litre, les syndicats demandent une IFD entre 3,50 € et 4 €.

Le 20 septembre 2026, le gazole a atteint en moyenne 2,41 € le litre en France, un record. Pour une infirmière libérale qui parcourt soixante ou cent kilomètres par jour, ce n’est pas une ligne de plus dans le budget du foyer. C’est une charge professionnelle qui augmente pendant que les indemnités censées la couvrir, elles, ne bougent pas.

Plusieurs organisations parlent désormais de tournées réalisées « à perte ». Avant de juger si l’expression est exagérée, il faut savoir exactement ce que la convention rembourse, et comment.

Qu’est-ce que l’indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) ?

L’IFD est un forfait fixe de 2,75 € qui s’ajoute aux honoraires de chaque acte réalisé au domicile du patient. Elle ne dépend pas de la distance : un patient qui habite dans la rue du cabinet ouvre droit à la même IFD qu’un patient à dix kilomètres.

Elle se cumule avec les indemnités kilométriques quand elles sont dues, et avec les majorations de nuit, de dimanche ou de jour férié.

Pour un patient dépendant pris en charge dans le cadre du bilan de soins infirmiers (BSI), le déplacement se cote en IFI et non en IFD. Le montant est identique, 2,75 €, mais l’IFI peut être facturée seule, puisque les soins sont déjà inclus dans le forfait.

Comment calculer les indemnités kilométriques d’un infirmier libéral ?

Les IK ne sont dues que si deux conditions sont réunies : le patient et le cabinet ne sont pas dans la même agglomération, et la distance entre les deux dépasse 2 km en plaine ou 1 km en montagne.

Le calcul se fait sur l’aller et le retour, dont on retire un abattement fixe.

0,35 €par km en plaine, abattement de 4 km aller-retour
0,50 €par km en montagne, abattement de 2 km aller-retour
2,75 €IFD, cumulable avec les IK

Exemple en plaine

Un patient habite à 8 km du cabinet, hors agglomération. L’aller-retour fait 16 km. Après l’abattement de 4 km, il reste 12 km facturés, soit 12 × 0,35 = 4,20 € d’IK. Avec l’IFD, le déplacement rapporte 6,95 €.

Exemple en montagne

Même distance, en zone de montagne reconnue. 16 km moins 2 km d’abattement donnent 14 km, soit 14 × 0,50 = 7,00 € d’IK. Avec l’IFD, 9,75 €.

La distance de référence n’est pas forcément celle de votre cabinet. L’Assurance Maladie rembourse sur la base de la distance entre le patient et le cabinet infirmier le plus proche de chez lui.

Autrement dit, si un confrère est installé plus près du patient, l’IK remboursée est plafonnée à cette distance-là, même si vous venez de plus loin.

Deux autres règles comptent en pratique. Les IK se déclarent en indiquant sur la feuille de soins les kilomètres aller et retour diminués de l’abattement. Et depuis l’avenant 6, un plafonnement journalier s’applique au-delà de 300 km facturés dans la journée.

Pourquoi les infirmiers libéraux parlent de tournées à perte

Le raisonnement tient en un calcul simple. Une voiture qui consomme 6 litres aux 100 km, avec un gazole à 2,41 €, coûte environ 0,14 € de carburant par kilomètre. À cela s’ajoutent l’assurance, l’entretien, les pneus et l’usure du véhicule, que l’IK de 0,35 € est censée couvrir aussi.

En plaine, la marge est déjà mince. En agglomération, elle n’existe pas : aucune IK n’est due, seule l’IFD de 2,75 € rémunère le déplacement, quelle que soit la distance réellement parcourue entre deux patients de la même ville. Une infirmière qui enchaîne vingt visites dans une grande agglomération et roule quarante kilomètres dans la journée ne touche pas un centime pour ces kilomètres.

C’est ce décalage que pointent les organisations professionnelles. L’IFD a été revalorisée pour la dernière fois en 2024. Les IK n’ont pas bougé depuis plusieurs années. Et l’avenant 11, signé en mars 2026, porte l’AMI à 3,35 € en novembre sans rien modifier au volet déplacement.

Ce que demandent les syndicats

Le diagnostic est partagé, les solutions divergent.

Les propositions sur la table

  • Collectif Infirmiers libéraux en colère (Cilec) : IFD portée à 3,50 € et indexation sur le prix réel des carburants.
  • Convergence Infirmière : indemnité portée à 4 € pour les patients dépendants, avec indexation.
  • SNIIL et FNI : pistes différentes, entre crédit d’impôt et mécanisme conventionnel d’ajustement automatique.
  • Plusieurs organisations réclament aussi un accès prioritaire au carburant en cas de pénurie.

Le Gouvernement devait présenter de nouvelles mesures le 22 septembre. Une aide destinée aux travailleurs « grands rouleurs » existe déjà depuis le début du mois, sans dispositif spécifique aux infirmiers libéraux. Cet article sera mis à jour dès que les mesures concernant la profession seront précisées.

Comment limiter l’impact sur votre activité

En attendant une revalorisation, quelques leviers dépendent de vous.

Coter systématiquement. Une IFD ou une IK oubliée sur une feuille de soins est un revenu perdu. Sur une année, les oublis pèsent plus lourd qu’on ne le pense.

Vérifier votre zone. Le classement plaine ou montagne dépend de votre lieu d’exercice. Une commune classée en zone de montagne change le tarif de l’IK et le montant de l’abattement.

Optimiser l’ordre des visites. Regrouper les patients par secteur réduit les kilomètres non facturés, notamment en agglomération où aucun ne l’est.

Préciser les frais dans le contrat de remplacement. Quand un remplaçant utilise son propre véhicule, la répartition des IFD et des IK doit être écrite, pas supposée. Beaucoup de titulaires laissent les indemnités de déplacement au remplaçant, puisque c’est lui qui roule. D’autres les intègrent dans la rétrocession globale. Les deux se défendent, à condition que ce soit clair avant la mission. Dans les départements ruraux, comme la Haute-Vienne ou les Alpes-de-Haute-Provence, ce point pèse lourd dans l’attractivité d’une annonce.

Questions fréquentes

L’IFD et les IK sont-elles cumulables ?

Oui. L’IFD s’ajoute à chaque acte à domicile, et les IK s’y ajoutent quand le patient est hors agglomération et à plus de 2 km en plaine ou 1 km en montagne.

Peut-on facturer des IK en agglomération ?

Non. Si le patient et le cabinet sont situés dans la même agglomération, seule l’IFD est due, quelle que soit la distance parcourue.

L’avenant 11 revalorise-t-il les indemnités de déplacement ?

Non. L’avenant 11 revalorise l’AMI à 3,35 € en novembre 2026 puis 3,45 € en novembre 2027, mais laisse l’IFD à 2,75 € et les IK à 0,35 € et 0,50 € par kilomètre.

Le trajet entre le domicile et le cabinet est-il indemnisé ?

Non. Le calcul des IK part du cabinet ou du domicile professionnel déclaré, pas du domicile personnel.

Qui touche les indemnités de déplacement pendant un remplacement ?

C’est au contrat de le préciser. Les indemnités font partie des honoraires encaissés pendant la mission, et leur partage entre titulaire et remplaçant se négocie comme la rétrocession.

Pour aller plus loin sur l’évolution du métier, lisez notre point sur la loi infirmière et ce qui est applicable en 2026, ou consultez les conditions d’exercice par département sur notre page remplacement infirmier libéral.

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